jeudi 24 novembre 2011

"Pourquoi escalader ces montagnes ? Simplement parce qu'elles sont là." Edward Whymper


Voilà maintenant environ trois semaines que je suis arrivé à Mexico. Si cette ville gigantesque et tentaculaire est assez incroyable (j'en reparlerai ... ou pas), elle occupe également une position assez centrale au milieu des plus hauts volcans mexicains. Alors même si j'avais un peu prévu de faire un break avec la montagne, l'appel des cimes aura finalement été le plus fort ... impossible de résister à l'envie de découvrir de nouveaux paysages et d'atteindre ces sommets inconnus pour moi.


Premier objectif: La Malinche (4461m)

Ascension la plus facile de mon programme, elle consiste en une randonnée d'environ 1300 mètres de dénivelé, mais avec pas mal de distance à parcourir. Bizarrement cette montagne porte le nom d'une  amérindienne qui fut l'interprète, la conseillère et la maîtresse du conquistador Hernan Cortes durant l'invasion du Mexique.
Après 3 heures de bus depuis la capitale, bonne nouvelle: il y a un camping avec bungalows au départ du sentier à 3100m. Passer la nuit ici me permettra de m'acclimater un peu à l'altitude. Mauvaise nouvelle: les bungalows sont hors de prix, et comme c'est le weekend, ils sont tous occupés par des familles mexicaines ... impossible de trouver quelqu'un avec qui en partager un. Petite lueur d'espoir: il y a visiblement une supérette dans le camping qui loue tente et duvet. J'y vais sans trop y croire et demande à la vieille commerçante.
Comme je suis seul, elle est très fière de me donner son plus petit modèle de tente spéciale pour une personne: j'essaie de lui expliquer que ça n'est peut-etre pas une bonne idée, mais elle m'assure que je rentre dedans. Coté duvet, c'est pire: j'ai droit à un duvet de gamin, avec de jolis dragons dessinés dessus. Là par contre elle me dit qu'il sera peut-etre un peu juste. Elle a effectivement un compas dans l’œil, car le duvet m'arrive péniblement au nombril. Les nuits étant fraiches en altitude je lui fait comprendre que ça va être un peu léger, et elle me donne en plus une magnifique couverture en pilou rose fuchsia, ainsi qu'un matelas pour éviter que je me réveille avec le dos bloqué.
Me voilà donc sortant du magasin prêt à aller installer tout ce matériel, et devinez quoi ?
Ben oui, la pluie commence à tomber. Depuis presque deux mois et demi que je suis parti ce sont mes premières gouttes de pluie ... juste au moment ou je dois monter la tente ! J'arrive quand-même à installer mon campement sous ces quelques gouttes qui n'auront été qu'un aimable échantillon de ce qui allait arriver. En effet, en plus d’être froide, la soirée aura été bien arrosée et humide surtout à l'intérieur de la tente, la faute à un toit de tente inadapté et trop petit pour empêcher les parois de se mouiller. Ça tombe bien, car même en diagonale mes pieds et ma tête touchent franchement ces parois.


On est pas bien là ?

Le réveil a lieu à 4 heures, au moment ou le karaoké horriblement fort d'un bungalow voisin finit par s’arrêter. Sacrés Mexicains, toujours prêts à faire la fête (et à en faire "profiter" les autres).
Après une heure de marche dans les sous bois, le chemin se raidit et devient glissant. Je vois à quelques dizaines de mètres devant moi un homme à moitié à quatre pattes, ayant du mal à tenir en équilibre. Quand j'arrive à sa hauteur il s'appuie contre un arbre et me parle. Je ne comprends rien, mais alors rien du tout. Je lui demande de répéter, plus lentement. Il parle vite, n'articule pas ... impossible de comprendre quoi que ce soit. Finalement après deux minutes, j'arrive à analyser la situation:
- il lui manque un bras, ce qui le déséquilibre,
- il n'a plus la lumière à tous les étages,
- et surtout il veut que je l'aide.
Cool ... me voilà donc marchant avec un mexicain accroché à mon bras pendant une bonne demi-heure. Je dois le tirer, l'aider, l’empêcher de tomber: je me régale ! Je ne parlerais pas de ma belle polaire complètement pourrie par sa main pleine de terre ;-)
Je le laisse quand le chemin redevient moins raide et je file vers le sommet encore lointain après qu'il m'ait remercié chaleureusement. Les paysages sont sauvages, vraiment jolis, et je rejoins la cime après une dizaine de mètres d'escalade facile, mais demandant de l'attention car les rochers sont rendus glissants par les quelques centimètres de neige tombés pendant la nuit. Malgré le vent froid, je profite longuement de la vue.


Faut pas glisser de ce coté !

Lors de la descente, je croise de nombreux Mexicains en route vers le sommet. Entre ceux qui ont une grosse surcharge pondérale et peinent alors qu'ils sont très loin de la fin, ceux qui n'ont pas d'eau pour une ascension qui dure plusieurs heures et ceux qui sont en tee-shirts sans vêtements chauds, je pense que le taux de réussite du jour n'aura pas été très élevé. Néanmoins je suis surpris de voir autant de monde venir se balader dans les montagnes. Le retour se fait tranquillement ... jusqu'au moment ou je redouble, dans la partie raide, mon "pote" à un seul bras. Bien sur il me réagrippe, me demande de l'aider à nouveau. Mouai ... je lui fais remarquer que tous ses potes sont là et que eux pourraient l'aider. Visiblement il préfère que ça soit moi, je suis vraiment très honoré :-(
J'aurais toutes les peines du monde à m'en défaire, mais au moins ça me fait des souvenirs !



Deuxième objectif: le Nevado de Toluca (4691m)

Un peu plus haut que la Malinche, ce sommet est un volcan inactif dans le cratère duquel se trouvent deux lagunes: la laguna de la Luna et la laguna del Sol.
Une route en terre permet d'accéder à un refuge ... enfin plutôt un frigo, situé à 4000 mètres environ. Après une petite embrouille avec le chauffeur de taxi qui me prend pour un lapin de trois semaines, je m'installe: une salle en béton, un lit superposé ... c'est simple, et je commence à appréhender le froid de la nuit à venir avec mon nouveau duvet "Made in Mexico".

Le refuge vu de loin ...

... et de près. Vais être bien là !

La nuit aura effectivement été bien fraiche, et le réveil matinal presque une libération. Un peu trop matinal d'ailleurs le réveil: de nuit, le chemin est parfois impossible à suivre. Mais la récompense arrive bientôt et j'ai droit à un magnifique lever de soleil.


Je rejoins une arête rocheuse ou alternent sentier bien tracé et passages d'escalade facile. Je suis seul sur la montagne, c'est le pied ! Les quelques passages un peu techniques demandent la plus grande attention, car en cas de problème, personne ne viendra me chercher ici avant quelques jours.
Le sommet se rapproche petit à petit et les dernières difficultés apparaissent.

C'est tout droit !

Encore quelques dizaines de mètres d'escalade facile en zigzag de part et d'autre de l’arête et j'en aurai terminé avec l'ascension. Je redouble de concentration car le rocher devient moins bon, l'exposition augmente, et surtout tout le coté de l’arête orienté au nord (et donc encore à l'ombre) est recouvert d'une bonne couche de givre rendant les cailloux très glissants, surtout en baskets. Mais je termine sans encombres et peux profiter d'une bonne pause confortablement assis sur les rochers sommitaux.

PPPfff, faut tout faire soi même !

La vue sur les lagunes est magnifique !


La descente est tranquille, je profite encore des paysages et rentre au refuge tôt. Je comptais sur d'éventuels touristes en voiture pour me redescendre et m'éviter quelques kilomètres de marche sur la route, mais c'est peine perdue. Je suis toujours seul et dois me résoudre à rejoindre la civilisation à pied.


Pour les curieux, vous pouvez retrouver les détails pratiques et techniques et .


"Why climbing on those mountains ? Simply because they are here." Edward Whymper


It is now about three weeks since I arrived in Mexico City. If this huge, sprawling city is pretty amazing (I will talk about this later ... or maybe not), it also occupies a fairly central position in the middle of the highest volcanoes in Mexico. And even if I was planning to take a break with the mountains, it has been impossible for me to resist to the desire to discover new landscapes and reach these peaks unknown to me.

First objective: La Malinche (4461m)

Easiest
ascension of my program, it is a 1300 meters (difference in altitude between start and summit) hike, but with a lot of distance. Strangely this mountain has the name of an Indian woman who was the interpreter, the counselor and the mistress of the conquistador Hernan Cortes during theinvasion of Mexico.
After 3 hours by bus from the capital, I got good news: there is a campsite with bungalows at the trailhead at 3100m. By spending the night here I will get acclimated to the altitude. Bad news: the bungalows are expensive, and as is the weekend, they are all occupied by Mexican families ... impossible to find someone with whom to share one. Glimmer of hope: there is a mini supermarket in the camping that rents some equipment. I go without much hope and ask the old woman.
As I am alone, she is very proud to give me the smallest special tent for one person: I try to explain that it may not be such a good idea, but she assures me that it fits. Concerning the sleeping bag, it's worse: I get a very nice one for kids with dragons drawn on it. She tells me that it might be a little bit small. Indeed she has very good eyes, because it hardly goes from my feet to my belly button. As long as nights are cold at this altitude, I tell her that it may not be enough to have a good sleep. So she also gives me a very beautiful pink blanket and a mattress to ensure that I wake up without a strong backache.
So here I am leaving the store, ready to install all this equipment, and guess what?
Yeah, the rain begins to fall. For almost two and a half months since I left it was my first drops of rain ... just when I have to put up the tent ! I successfully install my camp in the few drops that have been a nice sample of what would happen. Indeed, in addition to being cold, the evening has been well watered and moist especially in the interior of the tent, the fault of an inadequate roof, too small to prevent the walls from getting wet. Unfortunatelly, because even when laying diagonally my feet and my head touch the walls.
The alarm occurs at 4 o'clock, when the horribly strong karaoke, coming from a nearby bungalow eventually stops. Those Mexicans, always ready to party !
After an hour's walk in the woods, the trail becomes slippery and steep. I see a few dozen meters in front of me a man on all fours, having trouble keeping balance. When I get close to him he's leaning against a tree and talks to me. I do not understand anything at all. I ask him to repeat it more slowly. He speaks quickly, does not articulate ... impossible to understand anything, really. Finally after two minutes, I can analyze the situation:
- He has only one arm, which explains the imbalance,
- He has a few problems with his brain,
- And above all he wants me to help him.
Great ... So here I am walking with a mexican guy hanging on my arm for a good half an hour. I have to drag, help and prevent him from falling, I really enjoy ! I will not talk about my beautiful polar jacket completely ruined by his very dirty hand ;-)
I leave him when the path becomes less steep and I go to the still distant summit after he thanked me warmly. The scenery is wild, really pretty, and I reach the top after ten meters of easy climbing, but asking for attention because of slippery rocks covered by a few inches of snow fallen overnight. Despite the cold wind, I enjoy the view during a long time.
During the descent, I meet many Mexicans on their way to the top. Considering those with a big overweight and struggling as they are very far from the end, those who have no water for a climb that lasts several hours and those in T-shirts without warm clothes, I think that the success rate of the day has not been very high. However I am surprised to see so many people walking in the mountains. The return is easy ... until I meet again, in the steep part, my "buddy" with a single arm. Of course he wants me to help him again. Mmmffff... I point out that all his friends are there and could help. Apparently he prefers me, I'm really honored :-(
I would have all the trouble to get rid of him, but at least it gives me funny souvenirs !

Second objective: the Nevado de Toluca (4691m)

Slightly higher than the Malinche, the summit is an inactive volcano in the crater of which are two lagoons: Laguna de la Luna and Laguna del Sol.
A dusty road provides access to a hut ... or I should better say a fridge, located at 4000 meters. After a brief confuse with the taxi driver who considers me as a three weeks old rabbit (french expression), I settle: a concrete room, a bunk bed ... it's simple, and I begin to be afraid of the cold night coming  with my new sleeping bag "Made in Mexico".
The night has actually been very cool, and morning awakening was a liberation. A little bit too early maybe: at night, the trail is sometimes impossible to follow. But the reward is coming soon and I am enoying a beautiful sunrise.
I reach a rocky ridge on which a well marked path and easy climbing passages alternate. I am alone on the mountain, I love it ! The few technically harder passages require some attention, because if something goes wrong, no one will get me here before a few days.
The summit is approaching gradually and the latest difficulties arise.
Another hundred feet of easy climbing zigzags on either side of the ridge and I am finished with the climb. I focus on my concentration as the rock becomes worse, the exposure increases, and above all, the side of the ridge facing north (and therefore still in the shade) is covered with a thick layer of frost making the stones very slippery, especially when climbing with sport shoes. But I end carefully and can enjoy a nice break sitting comfortably on the uppermost rocks.
The view on the lagoons is amazing !
The descent is easy, I still enjoy the landscapes and return to the hut soon. I rely on potential tourists driving down and picking me up in order to save me a few miles of walking on the road, but there are none. I am always alone and have to walk back to civilization.

2 commentaires:

  1. Matthieu Fontaine25 novembre 2011 à 20:10

    Salut Sylvain !

    ça fait plaisir de lire tes avantures, on en redemmande. Ici, à Gre, on attends les premieres neiges.
    Profites et sois prudent !

    A+

    Matthieu

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  2. Salut,
    Ah, tu n'as pas pu t'en empêcher.
    Cela sort tout de même de l'esprit de départ !
    Tu te souviens : "...marcher en claquettes toute la journée, ..., faire durer l'été, ... :-)
    Bon, cela fait tout de même plaisir d'avoir de tes nouvelles !
    A+
    Arnaud

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